LEUCOSE FELINE (FeLV)

La leucose féline est une maladie causée par le virus leucémogène félin, aussi appelée couramment le virus de la leucose féline (ou FeLV, de l'anglais Feline Leukemia Virus), et isolé pour la première fois dans les années 1960. Le test qui a permis de le mettre en évidence a été développé en 1973. Le virus de la leucose est un rétrovirus, un virus dans lequel l'information génétique est contenue dans l'ARN au lieu de l'ADN. Tous les rétrovirus, y compris le virus de l'immunodéficience féline (FIV) et le virus de l'immunodéficience humaine (VIH ou HIV), produisent une enzyme appelée transcriptase inverse. La transcriptase inverse leur permet d'insérer des copies de leur matériel génétique dans celui des cellules qu'ils ont infectées. Bien qu'on les prenne souvent par erreur comme un seul virus, le FeLV et le FIV diffèrent sous bien des aspects :

  • Ils diffèrent entre autres par leur aspect : le FeLV est plutôt circulaire alors que le FIV est allongé.
  • Les deux virus sont également assez différents sur le plan génétique, et leurs protéines de surface diffèrent en taille et en composition.
  • Bien que de nombreuses maladies causées par le FeLV et le FIV soient similaires, les voies spécifiques par lesquelles elles sont causées sont différentes.

Transmission du virus

 

Le virus peut être transmis par toutes les sécrétions du chat : larmes, salive, urines, selles, et le sang. La contagion entre chats ( transmission horizontale) se fait à l’occasion des morsures, léchage, partage de la même gamelle ou du même bac.

Il faut généralement plusieurs contacts pour que le chat soit contaminé et les sécrétions doivent être fraîches. Le virus est donc très sensible à la chaleur, à la dessiccation, aux détergents, aux désinfectants, aux UV, et est rapidement inactivé (3 à 4 heures à l'air ambiant).

La transmission peut aussi se faire de la mère au fœtus ou au chaton par l’intermédiaire du placenta ou du lait (transmission verticale). L'infection in utero aboutit cependant la plupart du temps à des résorptions embryonnaires, des avortements, ou des morts-nés. Lorsque les chatons naissent non infectés, ils peuvent l'être via le lait, et se positivent les uns après les autres. Les 20% de chatons qui survivent aux premières semaines deviendront des adultes infectés persistants . La transmission verticale est cependant peu fréquente, au vu des difficultés de reproduction des chattes infectées. 

C’est une maladie de chats, qui n’est donc pas contagieuse pour l’homme.

 

 

N.BLa non-stérilisation est un facteur important de transmission du FeLV. En effet, elle entraine des comportements agressifs et de recherche des autres, soit pour se battre soit pour procréer, ce qui multiplie les chances de contact plus qu'étroit entre les chats, et donc favorise la contamination.

Ce n'est pas la seule source de transmission, le FeLV étant un virus de contact, mais ça joue en grande partie dans sa propagation.

Donc... Faites castrer vos chats et stériliser vos chattes! Pour leur bien et celui des autres!

 

Facteurs de réceptivité et résistances à l'infection

 

L'âge, la souche virale, la voie de contamination, la dose et le temps d'exposition au virus influent sur la réceptivité à l'infection, ainsi que la qualité du système immunitaire du chat:

  • Age:  Les chatons sont plus sensibles que les adultes: expérimentalement, une dose standard de virus qui infecte 100% de chatons de 8 semaines non immunisés, n'infecte que 15 à 20% des chatons de 6 mois - les nouveaux nés exposés sont tous infectés, les chatons infectés entre 6 et 8 semaines développent une infection persistante pour 70 à 85% d'entre eux, les chatons de plus de 16 semaines ont les taux d'infections persistantes  de l'ordre de 15 à 30%. Ils s'immunisent après infection naturelle. Les chatons ayant hérité d'une immunité passive via leur mère ne sont pas sensibles à l'infection avant l'âge de 7 à 8 semaines. La période sensible pour des chats non immunisés semble se situer entre 1,5 et 4 mois d'âge. Les risques sont à nouveau majorés chez les chats âgés de plus de 7 ans.

 

  • Mode de vie: Les chats vivant en communauté ont plus de chance de contracter le virus.En effet, le FeLV est un virus de contact, qui se transmet par le partage des  gamelles, litières, etc... et contacts amicaux tels que léchages mutuelles, de même que par l'accouplement. Un simple contact occasionnel (par exemple, un FeLV+ qui va croiser un FeLV-) ne suffit pas à transmettre le virus. Il faut des contacts prolongés pour que le virus se transmette de l'un à l'autre, ce qui est aisé entre chats qui vivent ensembles.De ce fait, les chats de races, comme les chats de gouttière, sont tout autant exposés à une contamination.Cela s'entend bien sûr en l'absence de contrôle (tout ou partie des chats non testés) et de vaccination contre la leucose.Les chats qui sortent sont plus exposés au virus car sont plus à même de rencontrer d'autres chats, dont des chats potentiellement positifs. Par extension, les chats vivant à la campagne sont plus atteints par le FeLV car ils sont plus amenés à sortir dehors, alors que les chats vivant en ville mènent plutôt une vie de chat d'intérieur, et ont donc des contacts un peu plus limité avec des chats potentiellement infectés.

 

  • Expositions au virus: Les doses virales, la voie d'entrée du virus, le type viral, la fréquence d'exposition vont également avoir un effet significatif sur la persistance ou l'élimination de l'infection virale. Les effets des doses virales sont illustrés par le fait que les chats vivant en collectivité (notamment les chats de race), souvent exposés, développent des infections chroniques; ceux isolés s'immunisent au contraire. 

          Au vu des taux d'anticorps, il apparaît que l'exposition au virus augmente               avec l'âge, mais que la sensibilité à l'infection diminue parallèlement. Les                 chats infectés via une morsure ont plus de risque de devenir virémiques                   persistants que ceux infectés par voie oro-nasale. Après avoir guéri                         d'une infection naturelle au FeLV, les chats seraient résistants à une                       nouvelle infection pendant au moins 3 ans.

 

  • Réponse immunitaire: La réponse immunitaire classique intervient dans la lutte contre l'infection par le FeLV, mais d'autres mécanismes spécifiques se mettent en place. Des différences dans la réponse immune entre les chats progresseurs et les chats régresseurs apparaissent 3 semaines après l'exposition au virus, et coïncident avec l'apparition de différences dans la charge provirale. Les chats à antigénémie faible montrent une réponse immune plus élevée et une charge provirale plus faible que les chats à antigénémie élevée. Ainsi, un chat capable de limiter le pic initial de provirus peut également être capable d'éliminer l'infection, et ce via une réponse immunitaire efficace.

 

  • Déficiences du système immunitaire: La co-infection par le FIV touche jusqu'à plus de 25% des chats FeLV positifs et symptomatiques. L'utilisation de médicaments immunosuppresseurs, notamment les corticoïdes, facilitent également l'infection.

 

En conclusion:Les chats mâles entiers, d'un âge moyen de 3 à 5 ans et ayant accès à l'extérieur sont les plus exposés au virus. En effet, ils mènent une vie moins sédentaire que les mâles castrés et sont amenés à être en contact avec un bon nombre de chats.

Le FeLV étant un virus de contact, les chats vivant en communauté sont également plus exposés, sous réserve d'une absence de contrôle du statut sérologique et de vaccination. En effet, si on mélange tous les chats sans savoir s'il y'a des FeLV+ dans le lot... les possibilités de contamination sont beaucoup plus élevés que si les chats sont testés et soit séparés soit vaccinés.

 

Stades de l'infection

 

 Grâce à la mise en évidence du virus sur des coupes d'organes réalisées à des délais variables suite à une infection expérimentale, six stades de l'infection ont pu être mis en évidence :

  •  stade 1: Suite au contact oro-nasal, le virus entre dans l'organisme et se réplique dans les amygdales et les tissus lymphoïdes locaux, puis les ganglions de la tête et du cou, 2 à 4 jours après l'infection.
  •  stade 2: Environ 14 jours après le contact infectant, il y a multiplication virale dans les lymphocytes et monocytes circulants. La virémie est très faible à ce stade. Les cellules infectées circulantes permettent au virus d'atteindre les sites de multiplication secondaires (moelle osseuse, thymus, rate, intestins, noeuds lymphatiques). Cette intégration aux leucocytes permet au virus d'échapper aux processus d'élimination par les cellules réticuloendothéliales.
  •  stade 3: Les tissus lymphoïdes sont atteints (rate, nœuds lymphatiques, plaques de Peyer de l'intestin ou GALT), et une seconde réplication virale a lieu dans les lymphocytes B de ces tissus. A ce stade, certains chats à réponse immunitaire suffisante peuvent encore éliminer le virus. Quand au contraire il y a amplification virale, la moelle osseuse sera touchée par la suite.
  •  stade 4: 2 à 6 semaines après le contact infectant, les mégacaryocytes et les cellules granulopoïétiques de la moelle sont atteints.
  •  stade 5: 4 à 6 semaines après le contact infectant, la moelle infectée libère des polynucléaires neutrophiles et des plaquettes infectés, qui peuvent alors être détectés par immunofluorescence. Lorsque la virémie médullaire est installée, le chat devient généralement infecté permanent. Parallèlement, des foyers infectieux sont retrouvés dans les cellules des cryptes intestinales, qui bien que non détruites, assurent mal leurs fonctions. L'antigène viral est détectable dans le sérum, les neutrophiles et les plaquettes.
  • stade 6: En l'absence de réponse séroneutralisante et d'anticorps, l'infection s'étend aux épithéliums glandulaires et muqueux, particulièrement aux glandes salivaires, pancréas, appareil respiratoire, vessie, reins, tissus mammaire). Il y a alors excrétion dans les mucus, sécrétions (salive, lait...), émonctoires (selles, urines...). 

 

Issues de l'infection

 

 Suite à l'infection, 4 issues sont possibles, et dépendent du type de virus, de la dose virale, de la durée d'exposition au virus, de l'âge du chat, et bien entendu de la qualité de la réponse immunitaire. Les différentes issues sont représentées sur la figure suivante. Cette classification est basée sur l'antigénémie et la virémie, qui ont été les premières méthodes permettant la mise en évidence de l'infection. L'utilisation récente de techniques de PCR, permettant la mise en évidence de matériel génétique viral et la quantification de la charge provirale modifie ces 4 catégories, détaillées plus bas.

 

Les symptômes cliniques

 

Le FeLV se divise en trois phases : phase d'infection, phase asymptômatique et phase clinique.

 

La phase d'infection correspond à l'entrée et installation du virus dans l'organisme. Cette phase dure quelques semaines et passe souvent inaperçue.

 

Pendant la phase asymptomatique, le chat ne présente pas de symptômes spécifiques. Il est en bonne santé, va bien, tout se passe bien pour lui : il est comme n'importe quel chat. Tandis qu'il vit sa vie tranquillement, le virus se multiplie dans son organisme, et le chat, bien que pas malade, peut contaminer ses congénères.

Cette phase peut durer de quelques mois à quelques années. Les chiffres ne sont pas tous d'accord à ce niveau. Certains parlent d'une espérance de vie de 3 à 5 ans, d'autres de 7 à 8 ans.

 

La phase clinique correspond au réveil du virus et à l'apparition de maladies diverses.

Lorsque la phase clinique s'exprime, on constate l'apparition d'affections directement liées à l'action du FeLV, et d'affections secondaires dues à l'immunodépression.

Les principaux symptômes rencontrés sont :

_ anorexie dans 60% des cas.

_ perte de poids, léthargie et fièvre dans 40 à 50% des cas.

_ anémie dans 30 à 40% des cas.

_ inflammation importante des ganglions dans 20 à 30% des cas.

_ affections buccales (gingivites, stomatites) dans 10 à 20% des cas.

 

La maladie revêt deux formes : forme tumorale et forme non tumorale.

La liste des possibilités sous formes tumorales ou non tumorales est longue, très longue! Cependant, même si elle est effrayante lorsqu'on la regarde de plus près, il faut garder à l'esprit qu'un chat FeLV+ ne développera pas tout. Ce sont des conséquences possibles, mais elles ne sont ni automatiques ni obligatoires.

 

Prophylaxie

 

 1. Vaccination 

Du fait du fort pouvoir pathogène du virus, de l'absence de raitement réellement efficace, et du risque élevé d'exposition au virus des chats vivant en communauté ou ayant accès à l'extérieur, la vaccination est importante à mettre en oeuvre. Le vaccin doit à la fois protéger contre la virémie suite à un contact avec le virus, mais également contre les maladies liées au FeLV, sans effets secondaires; en théorie, il est donc nécessaire que le vaccin contienne la gp70 et l'antigène FOCMA, et peu ou pas de gp15e. Si la réponse par anticorps séroneutralisants est suffisante suite au vaccin, la virémie est enrayée, et il n'est pas nécessaire d'utiliser d'antigène FOCMA. Le FeLV-A étant présent dans tous les cas de FeLV, et nécessaire à l'infection par les sous-types B et C, la vaccination contre les sous-types B et C n'est pas indispensable. Du fait de la capacité du virus à intégrer le génome de l'hôte, l'utilisation de virus vivant atténué dans les vaccins est évitée. L'identification des chats déjà infectés avant la vaccination permet d'éviter une vaccination inutile, celle-ci n'ayant aucun intérêt chez ces chats. Cependant, la vaccination d'un chat déjà infecté ne va pas accélérer l'évolution de la maladie, ni réactiver le virus chez les chats infectés latents . 

 

2.Prophylaxie passive

La prophylaxie passive consiste à éviter toute contamination, en supprimant les contacts avec le virus. Les chats infectés doivent être confinés, toute sortie et contact avec des chats risquant de disséminer le virus, et d'exposer les chats infectés, éventuellement immunodéprimés, à des agents infectieux. Pour la même raison, il est préférable de distribuer une nourriture industrielle aux chats infectés, et d'éviter la viande crue, les oeufs, et le lait cru. Une visite de contrôle semestrielle chez le vétérinaire est conseillée, avec un examen particulièrement attentif de la cavité buccale, des nœuds lymphatiques superficiels, des segments antérieurs et postérieurs de l’œil, de la peau (détection de parasites), et un contrôle du poids (la perte de poids étant souvent le 1er signe de dégradation de l'état général). Une numération formule sanguine est à réaliser tous les 6 mois, et un bilan biochimique ainsi qu'une analyse d'urines tous les ans. Pour les chats potentiellement exposés à des parasitoses intestinales ou à antécédents de diarrhée, une coproculture doit être réalisée. Enfin, la stérilisation des chats infectés est conseillée, afin de supprimer le stress lié aux chaleurs, recherche de partenaire sexuel, gestation et allaitement, et de réduire la tendance du chat à sortir.

 

Prophylaxie en élevage félin

La première étape passe par la détection des chats infectés, et leur isolement des chats FeLV négatifs. Tout le matériel d'élevage et les locaux sont désinfectés, et des précautions sont prises par l'éleveur lorsqu'il passe de l'effectif sain aux malades (désinfection des mains, port de blouse jetable...). Trois mois plus tard, l'ensemble de l'effectif est à nouveau testé: – les chats toujours positifs sont considérés comme infectés persistants, et ne doivent plus jamais réintégrer l'élevage. – les chats toujours négatifs sont considérés comme sains. – les chats s'étant positivés doivent subir un isolement et un nouveau test 3 mois plus tard. L'ensemble de l'effectif doit être testé tous les 6-12 mois. Une attention particulière doit être apportée lors des saillies (statut du mâle ou de la femelle, hygiène de l'élevage qui accueille la femelle pour saillie...), et lors d'introduction de nouveaux reproducteurs: un isolement de 3 mois, avec tests au début et à la fin de l'isolement est impératif. De même, en expositions félines, des risques de transmission du virus existent par contacts entre chats (distances entre les cages, utilisation d'un même jouet souillé par de la salive) ou par les manipulations multiples (visiteurs qui passent de chat à chat, assesseurs...). Des règles d'hygiène doivent être respectées pour éviter les contaminations.